Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /

Mineurs de l'extrême sur la falaise de Bulard

Ariège. Devenue fantôme, cette mine, la plus haute d'Europe avec des galeries jusqu'à 2 700 mètres, fut exploitée de 1901 à 1919.

Mineurs de l'extrême sur la falaise de Bulard
Mineurs de l'extrême sur la falaise de Bulard
DDM

La mine de Bulard, il faut se la gagner. Partie sur le chemin des mineurs, 1 400 mètres de dénivelée à grimper entre la vallée du Biros et les baraquements, une équipe du Club alpin français (Caf) d'Albi, progresse pas à pas, contre un vent violent, soufflant en bourrasques presque à renverser un homme. La pluie cingle les ponchos et les gouttes s'écrasent sur la capuche dans un bruit infernal, comme mille petits pétards.

Soleil revenu, il faut encore traverser un grand champ de neige, même en juin. On entend comme un roulement de tambours géants. C'est la débâcle. Un névé s'effondre tout près de nous. Comme un dernier avertissement de la « mangeuse d'hommes » à ne pas s'approcher. « Nous, on y va une fois. On se dit que c'est dur. Imaginez les mineurs qui eux, montaient pour travailler », compare Claude Taranne. Installé depuis 1976 à Eylie le Haut au départ du sentier des mineurs, il a depuis « la passion de cette mine » de zinc et de plomb. Creusée sur les hauteurs de Sentein près de Saint-Girons en Ariège, elle détient toujours un étonnant record. C'est la mine la plus haute d'Europe. « Ses six galeries s'étagent entre 2500 et 2700 mètres d'altitude. Il y fait si froid qu'il se produit à l'intérieur le phénomène de grotte glacée. Comme dans la grotte glacée Casteret au pied du mont Perdu, des monceaux de glace s'accumulent à l'intérieur. Les mineurs disaient qu'ils tombaient malades de chaud et froid. Trois sont morts sur la voie d'accès dangereuse à flanc d'une abrupte falaise, ce qui lui valut le surnom de mangeuse d'hommes », dit Claude Taranne.

La mine de Bulard fut exploitée de 1901 à 1919, dans ce lieu improbable. D'avril à octobre, on en retirait du minerai, dans un filon si riche avec 65 % de pureté que les ingénieurs la baptisaient « la Reine des Pyrénées ». Cela valait aussi pour l'exploit technique.

Cent ans après, c'est devenu une mine fantôme. Mêlant tourisme industriel, culturel et randonnée sportive, la visite donne l'impression saisissante que le temps s'est arrêté. Les wagonnets dans les galeries, les pylônes et câbles du téléphérique sont toujours là. Des poulies tournent encore.

Baptisés « Macchu picchu ariégeois » du fait de leur emplacement au pied de la falaise, les bâtiments avec cantine et dortoirs dressent toujours leurs murs.

Claude Taranne et Nelly sa compagne, eux, accumulent les documents pour préserver « la mémoire des mineurs, jusqu'à 200 à la fois qui sont allés se crever là-haut ». Pour la première fois, ils ont déniché leur photo, prise en 1903. « Il en existe peut-être d'autres, mais on n'en connaît pas l'existence. » On y distingue les Français à leurs « esclops » (sabots) aux pieds, dans lesquels ils montaient et les Espagnols à leurs espadrilles et leur « faja » (ceinture). Ce « trésor » iconographique leur a été confié par Siméon Estrémé dont le grand-père, Juan-David Estrémé, fut chef à la mine. À 78 ans, Siméon noue à chaque 1er mai sa cravate rouge et part défiler à Foix, en souvenir de toutes les luttes syndicales des mineurs pour améliorer leurs conditions de travail, notamment réduire de douze heures à dix heures la journée de travail.

Partager cette page

Repost 0

Présentation

  • : Fou d'3000
  • Fou d'3000
  • : Ce blog est destiné à la randonnée, l'alpinisme, l'Ariège, la montagne, les bivouacs. Vous y trouverez des articles relatant de mes périples en haute Ariège et hautes Pyrénées.
  • Contact